12/09/2026
On explique généralement à l’élève ce qu’il doit faire : être attentif, retenir une leçon, comprendre un problème, apprendre une définition, écouter une consigne… Mais beaucoup plus rarement comment s’y prendre mentalement pour y parvenir.
C’est précisément ce qui intéresse la gestion mentale, développée par Antoine de La Garanderie.
Cette approche pédagogique part d’une idée essentielle : apprendre mobilise des gestes mentaux.
Prendre conscience de ces gestes permet de mieux comprendre comment on apprend et, surtout, d’enrichir ses stratégies lorsqu’elles ne sont pas suffisamment efficaces.
La gestion mentale est une démarche pédagogique développée à partir des travaux d’Antoine de La Garanderie.
Celui-ci s’est intéressé non seulement aux résultats des élèves, mais surtout aux procédures mentales qu’ils mettent en œuvre pour apprendre.
Elle analyse les actes mentaux nécessaires pour apprendre.
Antoine de la Garanderie a introduit notamment une notion importante : l’évocation.
L'évocation est le résultat d'un processus mental qui consiste à "faire exister dans sa tête" ce qu'on a perçu par les sens (la vue, l'ouïe, l'odorat, ...).
Or, percevoir n’est pas encore évoquer, et cette distinction est fondamentale pour les apprentissages. C'est la raison pour laquelle un enfant peut passer beaucoup de temps à regarder son cahier sans nécessairement effectuer le travail mental qui lui permettra de retrouver l’information une fois le cahier fermé.
Relire n’est donc pas automatiquement mémoriser. Écouter n’est pas automatiquement comprendre. Regarder n’est pas automatiquement apprendre.
Antoine de La Garanderie a décrit plusieurs gestes mentaux particulièrement importants dans les apprentissages.
On en distingue généralement cinq : l’attention, la mémorisation, la compréhension, la réflexion et l’imagination créatrice.
Être attentif ne signifie pas simplement regarder le tableau ou rester silencieux.
L’attention suppose de se rendre mentalement disponible à ce qui est perçu afin de pouvoir le faire exister dans sa tête.
Un élève peut regarder son enseignant et penser à tout autre chose. À l’inverse, il peut détourner momentanément les yeux pour se redire intérieurement ce qu’il vient d’entendre. L’attitude extérieure ne suffit donc pas toujours à nous renseigner sur l’activité mentale réelle. Être attentif, ça s'apprend.
Mémoriser, c’est se préparer à retrouver une information plus tard, sans support immédiatement disponible.
Plusieurs stratégies peuvent être mobilisées, et selon le profil de l'élève, il conviendra de les choisir avec soin pour rendre ce geste efficace.
Comprendre consiste à donner du sens à ce que l’on apprend.
Cela peut passer par des liens avec ce que l’on connaît déjà, une comparaison, une mise en relation, un exemple ou une reformulation.
Comprendre et mémoriser sont donc deux gestes différents, qui entretiennent un lien fort.
Réfléchir consiste à mobiliser ce que l’on connaît déjà pour répondre à une question ou résoudre un problème.
Il ne s’agit donc pas seulement de se rappeler, mais d’apprendre à mobiliser ses acquis de manière pertinente pour répondre à une situation précise.
L’imagination créatrice permet d’utiliser ce que l’on connaît pour envisager quelque chose de nouveau : produire une idée, formuler une hypothèse, imaginer une solution différente, anticiper une situation… Elle intervient bien au-delà des activités dites « créatives ».
C’est l’un des concepts les plus intéressants de la gestion mentale.
Nous ne percevons pas une information de la même manière selon ce que nous avons l’intention d’en faire.
Donner un projet à l’apprentissage, c’est donner une destination, un but au geste mental que l'élève est en train de faire.
C’est ce qu'Antoine de la Garanderie appelle le projet mental.
Un mauvais projet pourra entraver considérablement la récupération en mémoire des informations. C'est pourquoi il est important de le questionner régulièrement pour l'ajuster si besoin.
La gestion mentale est parfois présentée de manière très simplifiée : « certains enfants sont visuels, d’autres sont auditifs. »
Un enfant peut effectivement avoir tendance à revoir mentalement certaines informations. Un autre pourra plus spontanément se les redire intérieurement. Un autre encore combinera plusieurs stratégies.
Ces habitudes sont intéressantes à repérer, mais le but n'est pas de transformer une préférence mentale en étiquette.
L’enjeu est au contraire de découvrir les stratégies dont l’enfant dispose déjà et de l’aider à élargir son répertoire mental.
En effet, selon les tâches, une stratégie peut être très efficace et une autre beaucoup moins.
L’objectif n’est donc pas de découvrir une fois pour toutes « quel type d’apprenant » est un enfant, mais plutôt d'observer comment il s'y prend et avec quelle efficacité.
La gestion mentale permet de porter un autre regard sur les apprentissages : au-delà du résultat, elle s’intéresse à la manière dont l’élève s’y prend pour apprendre, comprendre, mémoriser ou réfléchir.
En s’appuyant notamment sur les principes de la gestion mentale, l'orthopédagogue peut aider le jeune à prendre conscience de ses stratégies, à comprendre ce qui peut le freiner et à expérimenter de nouvelles façons de mémoriser, comprendre ou réfléchir.
L’objectif : lui permettre de mieux se connaître en tant qu’apprenant et de gagner progressivement en autonomie.